L'Addiction
L’addiction se manifeste par un besoin impérieux et irrépressible de consommer un produit psychotrope, ce n’est plus le fruit d’un choix réfléchi, mais une perte de contrôle sur ce qui est devenu un besoin presque vital. Ce sont les marqueurs centraux de l’addiction : le plaisir, le soulagement puis le manque.
Il s’agit d’une pulsion irrépressible que seule la prise immédiate du psychotrope peut faire cesser. Ainsi, paradoxalement, le sujet a le sentiment d’avoir perdu sa liberté et se voit, dès lors, esclave d’un produit duquel il ne peut se soustraire. Le DSM V-TR (2013) souligne, de la même manière, les différents aspects inappropriés de la consommation en termes de tolérance, de syndrome de sevrage physique et psychique, d’efforts effrénés mais vains pour contrôler le produit, de l’investissement conséquent de cette activité au détriment des autres.
Le sujet désinvestit le monde extérieur, entraînant la perte d’un statut social et professionnel et des dégâts majeurs sur la santé générant une souffrance. Le comportement est poursuivi malgré les conséquences délétères sur le sujet. La prise du produit outrepasse ainsi les conséquences négatives qui lui sont rattachées.
Si la consommation d’un psychotrope n’est pas problématique en soi, c’est l’usage et la fonction qu’elle revêt dans l’économie psychique du sujet qui l’est davantage. Par ailleurs, si la tolérance au produit s'exacerbe au gré de l’augmentation des prises, l’addiction augmente en conséquence, donnant lieu à un comportement autodestructeur en boucle en raison des conséquences physiques et psychiques du produit. (Chabert & al., 2006; Chabert, 2006, 2009; Chauvet, 2004; Pedinielli& Rouan, 2000).
Cette définition, plutôt descriptive, ne rend toutefois pas compte de la cause, ou des causes intrinsèques, qui expliqueraient le passage entre l'abstinence, l’usage ponctuel, puis la chronicité, insistant davantage sur un comportement dysfonctionnel dû aux effets d’une habitude sans autres précisions.
Lorsque les causes sont envisagées, la composante biologique y est prédominante (Pirlot, 2019;Pedinielli, 1994; Pedinielli& Bonnet, 2008; Pedinielli& Rouan, 2000). D’un point de vue psychanalytique, l'examen psychopathologique des liens entre corps, identité et addiction doit pouvoir s’affranchir du prototype biologique à l’origine de l’addiction (Pedinielli, 1994;Pirlot, 2019). L’addiction ne saurait être expliquée uniquement par un usage abusif conduisant à des symptômes physiques et psychiques. Effectivement, si la dépendance implique un syndrome de sevrage physique, induisant, de par sa présence, un besoin compulsif de recourir au psychotrope afin de soulager les symptômes de manque, il apparaît toutefois qu’une substance ne génère pas toujours de dépendance physique malgré la répétition de l’acte.
Ceci implique donc que la dépendance psychique ne serait pas le seul résultat de l’expression physique des manifestations biologiques. D’une perspective psychanalytique, l’intérêt est porté sur les procédés intrinsèques par lesquels le corps biologique s'inscrit dans le corps libidinal donc les pathologies addictives sont une expression de leurs interactions complexes.
Là, où la psychiatrie a tendance à dissocier ces deux composantes et à définir l'interaction comme le seul résultat d’un usage abusif et prolongé d’une substance, la psychanalyse met en évidence l'intrication complexe des deux. Les critères établis par le DSM V-TR (2013) n’appréhendent pas la logique inconsciente, énonçant des critères où, ce qui est déterminant, est l’observable, mais non révélateur de la réalité interne du sujet. Ainsi, le DSM V-TR (2013) ne renseigne aucunement sur la fonction de l’addiction dans l’économie psychique. Les éléments de définitions de l’addiction suivants sont introduits par conséquent par la psychanalyse :
"L’addiction n’est pas exclusivement une question de rapport entre un sujet et un objet drogue “neutre”, elle vient révéler surtout un lien qui n’est pas sans rapport avec l'objet primaire et l’objet en général."
Source : Etude de Anna Cimino
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